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"Agir en juif, c'est chaque fois un nouveau départ sur une ancienne route" Abraham Heschel

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Chavouot

Chavouot May 30, 2017 7 May 31, 2017 1 Célébration à Beth Hillel: repas communautaire et soirée d'étude
Chavouot May 31, 2017 12

La fête de Chavouot est la seconde des trois fêtes de pèlerinage les Juifs, à l'époque du Temple, "montaient" à Jérusalem pour offrir des sacrifices. Chavouot, qui, en hébreu, signifie "semaines", se célèbre sept semaines après Pessach, à la fin de la période de l'Omer, c'est-à-dire le 6 Sivan. La fête dure une journée en Israël et dans les communautés libérales de la Diaspora, mais deux jours (le 6 et le 7 Sivan) dans les communautés orthodoxes.

Selon la tradition rabbinique, la fête de Chavouot est considérée comme le "Zman matan Toraténou" (le temps du don de notre Tora). Les Hébreux, rassemblés au pied de la montagne, reçurent les Dix Commandements gravés sur les tables de pierre, qui constituent les principes de base du judaïsme. Par extension, c'est à cette date que fut donnée à Israël la Tora toute entière, avec ses 613 Mitsvot. Ainsi, Chavouot est la fête de la Révélation, du don de la Tora et de l'acceptation de la Loi par l'ensemble du peuple. Notons, enfin, que le lien entre Chavouot et le don de la Tora est une innovation rabbinique.

La fête de Chavouot porte aussi deux autres noms. Dans la Tora, au chapitre 23 du livre de l'Exode, nous trouvons l'appellation de "Hag HaQatsir" (la fête des moissons). C'est, en effet, à cette époque de l'année qu'avait lieu, en Israël, le début de la récolte d'été. Par ailleurs, le livre des Nombres (28:26) nous enseigne que Chavouot est aussi appelé "Yom HaBikourim", (le jour de l'offrande des prémices). Cette dernière dénomination nous rappelle que c'est ce jour-là que les Israélites montaient au Temple de Jérusalem pour y offrir des offrandes d'action de grâce.

Les pratiques:

  • A la synagogue:

le 6 Sivan, la veille et le jour même, il y a un office de fête. Durant ces offices, on insère dans la Amida la prière "Ya'ale Veyavo" (Qu'Il s'élève et qu'Il parvienne), dans laquelle nous demandons à Dieu de faire venir "le salut, le bien, la faveur, la grâce, la miséricorde, la vie et la paix". La lecture de la Tora s'articule autour des deux rouleaux que l'on sort de l'Aron HaKodech (l'arche sainte). Dans le premier, nous lisons les chapitres 19 et 20 du livre de l'Exode concernant la révélation sur le mont Sinaï et le don des Dix Commandements. Avant de lire le passage contenant les Dix Paroles, il est de tradition de chanter le texte dit de Aqdamout, écrit par Rabbi Meir d'Orléans au XI° siècle, chant de louange à Dieu, créateur et dispensateur de la Loi. Dans le second, nous lisons quelques versets extraits du livre des Nombres (28:26-31), qui nous rappellent les offrandes et les sacrifices qui étaient offerts au Temple à cette date, "au jour des prémices". D'autre part, la tradition rabbinique associe la fête de Chavouot à la lecture du Livre de Ruth. En effet, l'acceptation du judaïsme par Ruth est comparée à l'acceptation de la Tora par Israël. L'exemple de sa volonté d'endosser le judaïsme est un exemple pour nous tous à accepter avec amour les enseignements de la Tora.

  • A la synagogue ou à la maison:

dans la tradition kabbalistique, la nuit de Chavouot est dédiée à l'étude. Ainsi, du soir au matin, a lieu ce que l'on appelle le "Tikkoun Leil Chavouot" (la réparation de la nuit de Chavouot). Par l'étude de textes de la Tora, des Prophètes ou des Hagiographes, nous contribuons à approfondir nos connaissances de la Loi et, de ce fait, à parfaire le fonctionnement de la société et du monde. Dans de nombreuses synagogues, des cercles d'étude sont organisés, dont l'objectif est de nous faire revivre, par une étude intense, l'événement spirituel de la révélation.

  • La cuisine:

Pour Chavouot, la tradition alimentaire est de consommer des produits lactés. Dans de très nombreuses communautés, c'est la recette du gâteau au fromage qui prévaut. Parmi les raisons avancées pour ce choix de produits lactés, l'une des plus convaincantes se rapporte à un verset du Cantique des Cantiques (4:11) où il est  écrit, à propos de celui qui étudie la Tora, "du lait et du miel coulent sous ta langue". C'est parce que la Tora est douce comme le lait et le miel pour celui qui l'étudie, qu'il est devenu traditionnel de consommer de tels produits pour cette occasion. Il est aussi enseigné que la consommation de produits lactés, le jour de Chavouot, nous rappelle, qu'au moment où la Tora fut donnée au peuple (avec, notamment, toutes les prescriptions alimentaires relatives à la cachérisation de la viande), les enfants d'Israël n'eurent pas le temps de préparer de repas carnés selon les prescriptions de la Tora nouvellement reçue et durent se contenter de mets lactés.

Sens

Le sens véritable de la fête de Chavouot est intimement lié à celui de Pessah. En effet, si Pessah est la fête de la liberté, nous rappelant avec force l'épisode de la sortie d'Egypte, la tradition rabbinique cherche à nous faire prendre conscience qu'il ne peut jamais y avoir de véritable liberté sans Loi. De façon tout à fait évidente, la liberté de tous ne peut être garantie que si la liberté de chacun se trouve 'limitée' par les prescriptions de la Loi. Ainsi, à Chavouot, où nous célébrons le don des Dix Commandements et, par extension, de la Tora, nous apprenons que la liberté véritable ne peut être atteinte que par l'établissement et le respect de la Loi. Accepter la nécessité de la Loi et de la Tora, c'est atteindre le stade adulte, le stade où l'on dépasse les impulsions premières d'une liberté nouvellement acquise, pour être capable d'envisager une vie en société, gouvernée par des lois, et ouverte vers autrui. C'est aussi, à ce niveau, que la lecture du livre de Ruth peut être comprise. Ruth, c'est l'Autre, c'est le non-juif, c'est celui qui est différent, mais aussi celui que je côtoie dans la vie de tous les jours, et avec lequel je vise à accomplir quelque chose de positif et de constructif. Comprendre l'absolue nécessité de la Loi, c'est comprendre que seule la Loi peut garantir la tolérance et l'acceptation de l'Autre.

La Tora, une conscience extrême

"Qu'en est-il de ton frère?" (Gen.4.9)

1. Chaque soir, entre Pessah et Chavouot, à l'office de Maariv, nous comptons les jours qui séparent le moment de la libération d'Egypte du don de la Loi au mont Sinaï. Ce compte marque le lien entre la liberté et la loi. Il n'y a pas de liberté vraie sans la loi pour l'organiser, lui donner sens et direction. Mais encore, ce compte de 7 semaines, 7 shabbats, symbolise la difficulté pour l'homme, non de comprendre mais d'intégrer réellement dans sa vie ce rapport liberté-loi. Car si un vrai shabbat est difficile à réaliser dans sa plénitude, alors 7 shabbats…

2. Les 10 Paroles que nous lisons à Chavouot frappent par leur brièveté et leur apparente simplicité. Elles ne parlent pas d'amour, mais des devoirs décisifs envers le prochain et, d'abord, le premier prochain: les parents. L'amour, c'est la conscience, le souci et le devoir envers le prochain quand ils sont portés à incandescence. Seul le devoir est prescrit; l'amour c'est une autre histoire. C'est l'au-delà de la loi, mais qui passe obligatoirement par elle.

3. Dans les 10 Paroles, trois seulement évoquent Dieu. Comme libérateur d'abord, puis pour nous mettre en garde contre les tentations de représentation de l'absolu, l'idole qui ferme l'horizon. La troisième parole, on peut la comprendre comme l'interdiction de discourir sur Dieu, de s'évader dans des spéculations théologiques qui peuvent être des formes dangereuses de fuite du devoir, de la raison et de la responsabilité.

4. La date de Chavouot n'est pas précisée. C'est peut-être pour arracher la révélation aux tentations qui la menacent en permanence: le statisme et le dogmatisme. La révélation est dans la relation au prochain et à Dieu, relation qui se travaille sans cesse par l'étude et le questionnement et qui s'affine de génération en génération. C'est ce que traduit magnifiquement l'histoire de Ruth la Moabite que nous lisons justement à Chavouot. La révélation vivante et permanente, c'est ce que construit la tradition orale: un enseignement dont l'homme n'a jamais fini de réinventer non pas tant le contenu, mais les expressions pour les générations.

5. Chavouot, célébration centrale puisque c'est la Loi qui est au cœur de nos vies, est cependant célébré de façon très sobre et presque silencieuse. Peut-être parce que la loi est de l'ordre, non pas du spectacle, mais de l'intériorisation. Aucun objet n'est associé à la fête pour ne pas qu'il s'identifie à l'idée de la révélation et finisse, comme c'est le cas pour d'autres approches, par représenter D.

 

Rabbi Abraham Dahan