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"Agir en juif, c'est chaque fois un nouveau départ sur une ancienne route" Abraham Heschel

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Orthodoxe, Orthodoxe...

Nous utilisons des termes dont la signification est incontestable mais qui, aujourd'hui, sont compris différemment. Ainsi le terme «orthodoxe» veut dire: «conforme à la doctrine», ou «conforme à la loi». Pour tous ceux qui se disent orthodoxes, il ne peut donc y avoir qu'une seule doctrine ou une seule loi. Comment alors peut-on être «ultra-orthodoxe» ou «modern-orthodox», car cela voudrait dire que plusieurs doctrines ou plusieurs lois existent pour le même objet, et ce serait donc une contradiction dans les termes.

Dans le monde juif, ce terme qualifie le courant qui affirme que Moïse, sur le mont Sinaï et dans l'enceinte du Tabernacle, reçut de Dieu l'ensemble de la Tradition, écrite et orale, sous forme explicite ou implicite. En conséquence, tout ce qui fait partie de la Tradition, avec un grand «T», ne peut être remis en cause car Dieu en aurait communiqué tous les termes directement à Moïse. Cela n'est pas une conception orthodoxe, mais une approche fondamentaliste qui considère de valeur égale la Tradition écrite et le Tradition orale.

Qualifier les courants fondamentalistes du judaïsme de courants «orthodoxes» est donc abus de langage.

En Israël, ils sont qualifiés de datiyim c'est-à-dire de «doctrinaires». Quant à ceux qui sont qualifiés d'«ultra-orthodoxes», ils sont nommés: «harédim», c'est-à-dire «craignant» ou plutôt «scrupuleux» car ils sont attachés à une application extrêmement stricte de la Halakhah. Ces qualificatifs semblent beaucoup mieux les décrire.

Toujours en Israël, les conservative s'appellent entre eux «masortim», c'est-à- dire ceux attachés à la Tradition, sans pour cela qu'ils soient les seuls. Et les libéraux sont appelés «réformim», c'est- à-dire ceux qui affirment la constante évolution de la Tradition.

C'est pourquoi nous sommes tous des «orthodoxes», c'est-à-dire des Juifs religieux attachés à la Loi et à la tradition juive, que nous soyons des harédim ou des réformim. Notre fidélité à la Tradition, à la Massorah, c'est-à-dire à ce qui a été transmis depuis des temps immémoriaux, depuis l'époque de Moïse et au-delà, cette fidélité est entière.

Dans les communautés les plus rigoristes, comme dans les communautés les plus libérales, on célèbre Hanoukah, Pourim,... des fêtes postérieures à Moïse. Ces communautés prônent l'allumage des lumières du Chabbat, lisent le Hallel lors des jours de Fête, y compris de Hanoukah... Et pourtant, cela n'est indiqué nulle part dans la Torah mais fait partie de l'enseignement rabbinique, c'est-à-dire de la Tradition au sens large du terme. Et dans ces derniers cas, nous disons tous la même bénédiction: « achèr kidechanou bemitzvotav vetzivanou... » affirmant ainsi que cette pratique est aussi constitutive de notre Tradition que le sont le Chabbat, le port du Tallith et, qu'en l'accomplissant, nous respectons les mitzvot, les commandements de la Tradition orale.

Nous sommes donc tous des Juifs orthodoxes, c'est-à-dire attachés à la Loi et à la doctrine fondamentale de notre Tradition. Ou pour le dire en d'autres termes, nous sommes tous des Juifs traditionnels, certains étant «traditionalistes» ou «fondamentalistes» pour qui l'écrit et l'oral sont de même valeur, et d'autres «modernistes», c'est-à-dire prenant en compte non seulement l'évolution de notre Tradition dans le passé mais aussi les acquis de notre époque.

Le judaïsme libéral est donc un judaïsme orthodoxe, fondé sur une approche évolutive, ouverte et novatrice de notre Tradition écrite comme de notre Tradition orale.

Rabbi François Garaï (Rabbin de la Communauté Israélite Libérale de Genève)
Cet article a été reproduit dans le Shofar N° 347 Septembre/Octobre 2013, avec l'aimable autorisation de rabbi François Garaï et du magasine Hayom N° 48, Eté 2013