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"Agir en juif, c'est chaque fois un nouveau départ sur une ancienne route" Abraham Heschel

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Souccot


« Et tu choisiras la Vie » (Deut. 36.9)

Souccot est la fête qui conclut et clôture le cycle des fêtes de la Torah. Le huitième jour porte d’ailleurs le nom significatif de «chemini atzéret», huitième jour de clôture.

Le cycle des fêtes marque les repères des enseignements essentiels de  la Torah. Il commence par Pessah̲, la Libération, puis vient Chavou'ot, la Loi, puis Roch Hachanah, le jugement et la responsabilité, puis Kippour, le pardon possible. Et enfin, la souccah, la cabane du désert, tout au bout de l’automne « car dans des souccot j’ai fait séjourner les enfants d’Israël quand je les ai libérés d’Egypte.» (Lév.23-43)

Tout en fermant le cycle des fêtes, Souccot mord sur l’an nouveau comme pour ouvrir l’année sur une invitation, un appel à la joie. « Tu seras à Souccot exclusivement joyeux » (Deut. 16-15).

Souccot résume les enseignements fondamentaux de la Torah:

1. Appel à la mémoire: puisque la cabane rappelle la vie de nos pères dans le désert.

2. Appel à la confiance et à la joie: après l’austérité de Kippour qui voit le peuple d’Israël s’enfermer pour plus de 24 heures dans la cessation, le jeûne et la prière, Souccot, la cabane des jardins, est une invitation à sortir vers les autres, à ne pas négliger le devoir de mettre de la joie dans nos vies, de nous ouvrir à la rencontre, à la beauté de la nature et de ses fruits. Souccot, c’est aussi « H̲ag Ha’assif », la fête des dernières moissons avant l’hiver.

3. La cabane fragile et éphémère, c’est l’image de nos vies. André Malraux: « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie ».

4. C’est aussi un enseignement de simplicité, de dépouillement. Il est bon, rappelle le Talmud, que l’homme sorte de temps en temps de ses demeures confortables pour vivre dans quelque abri de fortune.

5. La souccah est une leçon d’humilité devant l’infini des choses. La première fête, Pessah̲, les Hébreux sont libérés et sont conduits dans le désert, et la toute dernière, après avoir parcouru tout le cycle, la souccah c’est encore la cabane du désert. Ne sommes-nous pas toujours un peu dans le désert ? Il n’y a pas de bout au chemin, mais nous ne sommes pas dispensés d’entreprendre. Peut-être est-ce pour cela que le huitième jour de Souccot, c’est Chemini Atzéret et Simh̲at Torah, le jour où l’on termine la lecture de la Torah et où l’on recommence immédiatement, étude infinie qui caractérise si fort la tradition juive.

6. La Torah est prescriptive. D’innombrables mitzvot jalonnent nos jours et nos vies. Voilà qu’au bout du cycle, le commandement n’est plus seulement un rite, un acte ou un geste, c’est une soucca, une maison. Il y a un moment de notre fidélité où la Loi de Dieu nous enveloppe, devient notre maison.

7. Enfin, la dernière fête ne pouvait pas ne pas reprendre le rêve messianique juif. Le Talmud souligne qu’à Souccot, dans le Temple, il y avait septante sacrifices au nom des septante nations de la terre. Le « loulav », le bouquet de Souccot, et ses quatre plantes, est le symbole des hommes de toutes races, de toutes couleurs, qui un jour formeront un même ensemble. La souccah, dans la liturgie, c’est «souccat chalom», la souccah de paix. Le toit ouvert sur le ciel sous lequel, un jour, une humanité réconciliée sera rassemblée.

8. Quand la Torah dit que Souccot, c’est «H̲ag Ha’assif», la fête des moissons et des vendanges, c’est aussi de moissons de l’esprit dont il s’agit. L’automne de nos vies peut être une moisson d’expérience et de sagesse. Quand la Loi de Dieu devient ma maison, alors l’âge peut ne pas être que le temps de la décrépitude et des rhumatismes, mais un temps de confiance et de joie. Souccot, c’est la fête des vendanges. Y aurait-il une ivresse de l’âge ? Quand une vie a été portée par une conviction forte et un effort de conscience ? C’est peut-être cela aussi la joie de Souccot. Une joie lucide qui sait les limites, les obstacles et les difficultés. Le chabbat de Souccot, nous lisons l’Ecclésiaste  « Vanités des vanités, tout est vanité », livre sceptique s’il en est, un peu gris, comme nos vies parfois. Mais une vraie compréhension des choses ne doit-elle pas nous rappeler, nous apprendre la joie des moments où l’amour, la beauté et la lumière nous sont accordés ?

Rabbi Abraham Dahan