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Dans La Presse

In Memoriam le Grand Rabbin Chalom Benizri z''l

April 7, 2021 3

Communiqué de Yohan Benizri, Président du CCOJB

 

“Apprends, et enseigne (Tâlam Outedré)”


Chalom Benizri, ancien grand rabbin séfarade de Bruxelles, est décédé le 6 avril 2021 en Israël

Je revois ses mains agrippant d’innombrables livres pour délicatement en révéler les secrets. Je me revois, enfant, suivre le tracé de ses doigts dont la magie s’exprimait d’abord dans la calligraphie, puis dans la sculpture et la peinture.

J’entends sa voix, puissante, juste, qui entonnait les airs de la liturgie et des chants de fêtes qui m’accompagnent jusqu'à aujourd'hui. Je sens sa présence, réconfortante, bienveillante, et son regard intelligent et doux lorsqu’il me recevait dans son bureau pour m’enseigner le socle d’un judaïsme serein, profond et ancré dans des traditions respectées et sublimées.

Je ressens encore la fierté de le voir, pendant plus de 45 ans, assurer la direction spirituelle de la communauté séfarade de Bruxelles, et y inspirer rien d’autre que de l’amour et de la sympathie. Au-delà de cette illustre communauté, sa sagesse et son humour ont largement contribué à le rendre populaire tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté juive.

Chalom Benizri, dont j’ai le privilège d’être le neveu, est et restera un modèle qui inspire l’émulation à ceux qui l’ont cotoyé. Rabbin, enseignant, auteur, artiste, voire humoriste, ses multiples talents lui ont valu l’admiration d’un très grand public venu de tous horizons.  

Chalom Benizri est de ceux à qui l’on veut ressembler parce qu’il émane de sa personnalité une authenticité, un attachement à la famille, une intelligence, une générosité, une chaleur, une espièglerie parfois qui sont naturellement communicatives.

Il était un homme qui ne reniait ni ne cachait ses origines, mais les célébrait. Né au Maroc, il n’a jamais oublié la musique, les couleurs, les saveurs qui ont éveillé ses sens, mais surtout, il n’a jamais trahi ses traditions, s’inscrivant comme personne dans une transcendance verticale vertigineuse. La pratique d’un ancêtre qui se transmet de génération en génération, la symbolique d’une lettre hébraïque, l’enseignement d’un maître d’école ou l’air liturgique d’une synagogue de Fès, non seulement rien n’était oublié, mais la mise en lumière de ses traditions émanait naturellement de sa personne.

Au-delà d’une tradition ou d’un simple mode de vie, la famille avait pour lui fonction de valeur absolue. Il savait que la vie n’est que l’histoire des relations de groupes qui nous lient, au premier rang desquelles se trouve la relation familiale. Il était présent à chaque étape importante de la vie de sa famille, et des familles qui composent sa communauté. Sa voix et ses mots ont décuplé les joies et atténué les peines. 

Son intelligence et sa pédagogie le rendaient tout à la fois respectable et accessible. Il accompagnait ses enseignements d’une réelle générosité, qu’il s’agisse de partager ses ressources ou de faire don de son temps. Il apparaissait donc à tous comme accordant un privilège infini, celui d’être écouté et entendu, tout en étant instruit.

Pour diriger un navire sur l’océan des aléas de la vie des personnes qui composent une communauté, il ne suffit pas d’intelligence et d’extraordinaires qualités humaines. 

La vie est plus que cela. Et mon oncle souhaitait probablement en saisir toutes les tonalités, à la manière dont il pouvait décliner les airs liturgiques pour un même texte, ou les formes calligraphiques pour une même lettre. 

Il conjuguait donc ces qualités avec une grande dose d’humour et un sens artistique époustouflant. Comme puisant à une source intarissable, il trouvait toujours l’histoire ou le trait d’esprit qui correspondait le mieux à son auditoire et à la situation. Et lorsque les mots ne suffisaient pas, la symbolique de son art venait compléter son arsenal. 

Mon oncle est indéniablement de ceux qui, sans n’être plus là où ils étaient, seront toujours là où nous serons tant leur empreinte est indélébile. Que son exemple nous guide et nous inspire, et que sa mémoire soit une bénédiction pour nous tous.

Yohan Benizri

Président du CCOJB