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"Agir en juif, c'est chaque fois un nouveau départ sur une ancienne route" Abraham Heschel

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July 1, 2022 6:

Shofar 391  |  Culture(s) Juive(s)

Alexandre (Ezra) Piraux
shofar@beth-hillel.org

ÉDITO

Il n'y a pas de culture juive

Comment ne pas commencer ce numéro par la disparation d’un grand homme : Gilbert Lederman z’’l. Sa disparition ne peut être perçue que comme une injustice supplémentaire à un âge où Gilbert, dans la force de l’âge, avait encore tellement à offrir à tous et au Judaïsme en particulier.

Gilbert avait plusieurs amours : sa famille, le Judaïsme et la musique. La vie et ses propres mérites lui ont heureusement permis de se déployer et de réaliser ce qui lui tenait à cœur.

Vous trouverez dans ce numéro plusieurs textes touchants rendant hommage à cet homme exceptionnel. Je serai donc concis pour ne pas être répétitif.

Tel que j’ai eu l’honneur de le connaître dans le cadre de la vie à la synagogue, je peux écrire que j’ai été profondément marqué par son énergie, son dynamisme et son implication. Gilbert était également très humble, soucieux de réussir nos projets communautaires, avec un fond latent d’inquiétude, celle de bien faire, de faire le bien. A ce sujet, il est important de souligner que ses combats ne se limitaient pas à nos communautés et avaient une portée plus large, humaniste et sociale. Gilbert le discret pouvait déplacer des montagnes et se mettait au service des autres avec talent. Il nous manque beaucoup comme personne et comme énergie.

Il y a pas mal de malentendus quant à la notion de culture. Est-il question de culture au sens de « ce qui désigne l’enrichissement éclairé du jugement et du goût » selon la définition de Claude Lévi-Strauss ou d’une acception beaucoup plus large à entendre dans le sens classique de l’anthropologue britannique Tylor à savoir « les connaissances, croyances, art, morale, droit, coutumes, et toutes autres aptitudes ou habitudes acquises par l’homme en tant que membre de la société.... » Dans cette acception tout est culturel et la culture a alors peut-être une dimension identitaire qu’elle n’a pas dans le premier sens d’ « enrichissement éclairé » qui est plus universelle.

Chaque Etat dispose d’une culture propre nationale, il y a donc une culture tchèque, slovaque, serbe, israélienne, etc... En revanche la culture juive (ou les cultures) est une notion complexe qui renvoie à la définition de la judéité, du fait d’être Juif, à la spiritualité, à un état existentiel, aujourd’hui à l’Etat d’Israël etc...

Pour certains, il n’y aurait pas à proprement parler de culture juive qui aurait des traits distinctifs des autres cultures, il n’y aurait pas d’expression d’une sensibilité particulière mais que font-ils alors entre autres de l’immense apport culturel religieux qui est aussi moral et civilisationnel ?

D’autres rêvent et imaginent UNE culture juive unique et unitaire sans réfléchir plus avant. Enfin d’autres encore pensent qu’évoquer LA culture juive est réducteur d’une réalité beaucoup plus riche et diversifiée et il y a lieu de faire état des cultures juives dans toutes leurs diversités historiques et géographiques, rituelles et liturgiques.

Comme souvent chacun raisonne selon la définition qu’il prend à son compte.

Le mot du président présente un double contenu : Benjamin Dobruszkes rappelle avec émotion à quel point Gilbert Lederman z’’l était profondément humain et généreux et tout ce qu’il a offert aux autres et notamment à Beth Hillel. La seconde partie du « mot » est consacrée à l’importance de la culture dans le Judaïsme en citant des exemples dans différentes disciplines artistiques. Il insiste aussi sur le rôle déterminant de la synagogue à cet égard de par la pratique du questionnement et de l’interprétation.

Dans Naasé ve Nichma, Leah Engelmann a collecté une série d'hommages et de remerciements rendus à Gilbert. Ils proviennent de jeunes artistes qu'il a lancés et soutenus moralement, et de personnalités de Beth Hillel.

Régine Bloch-Fiderer est issue d’une famille ashkénaze de Galicie orientale, dans laquelle le yiddish était langue maternelle et l’allemand, langue de culture. Elle a fait des études de linguistique et a enseigné l’allemand. Elle anime des ateliers de chant en yiddish et contribue régulièrement à la revue mensuelle française Presse Nouvelle Magazine. C’est dire si elle est particulièrement qualifiée pour nous confier et transmettre son amour pour la culture Yiddish qui est un trésor culturel dans son texte concis mais intense.

Sebastián Álvarez fait partie de notre synagogue. D'origine colombienne il est chercheur à l'université de Liège et d'Anvers dans le cadre d'un post-doctorat. Sa contribution savante est tout à fait lisible et nous ouvre au monde culturel ladino (judéo-espagnol) méconnu, d'une grande richesse et diversité.

La contribution de Marc Brichaux va vous guider dans la littérature yiddish et ses auteurs les plus notables ou exceptionnels. Ce choix est bien sûr subjectif comme tous les choix et même les non-choix. Mais il faut bien reconnaître que les noms cités sont tous de véritables monuments de la littérature yiddish à travers le temps. Alors faites votre choix si vous pouvez... car tout est à recommander.

Mon texte insiste sur le fait qu'une religion ou une culture deviennent ce que les gens en font en définitive et que le peuple juif est resté fidèle à ses valeurs tout en donnant et recevant de l'extérieur.

Le Rav Tom Cohen de la synagogue Kehilat Gesher à Paris a eu l’amabilité de répondre à nos questions dans le cadre de la rubrique « Rencontre avec ». Son regard à la fois américain et français apporte un éclairage neuf sur une série de problématiques voire de controverses.

Isabelle Telerman a souhaité rendre hommage à A. B. Yehoshua, le grand écrivain israélien décédé le 14 juin à l’âge de 85 ans, en commentant son dernier roman La Fille unique. Ce roman dont le ton est très différent du reste de son œuvre et surprenant, traite du thème de la judéité, de l’assimilation via l’histoire d’une fille unique de 12 ans juive par son père, la maman étant catholique.

Rachele la fille unique adore apprendre l’hébreu avec son rabbin en vue de sa bat mitsva mais veut aussi participer au spectacle de Noël de son école qui lui propose le rôle de la mère de Jésus.

Cela n’arrivera pas car son père lui oppose un ferme refus. Quelques mois plus tard Rachele fera sa bat mitzvah à sa plus grande joie tout en continuant à regretter de ne pas avoir participé à la représentation théâtrale.

Isabelle Telerman dresse un comparatif avec d’autres écrivains tel Bernard Malamud (1914-1986) et Alessandro Piperno (1972). Il lui semble que malgré ses qualités rédactionnelles, la dynamique (notamment conflictuelle) du récit ne soit guère présente. Elle trouve que le tableau offre une vision peu engageante des Juifs en diaspora et bien sûr qu’aucune transmission n’a réellement eu lieu entre le père et sa fille.

Michaël Houins et Eytan Silberstein nous donnent la suite d’autres curiosités linguis- tiques et étymologiques qui vous feront sourire. Ainsi connaissez-vous l’origine du terme échalote ? Si ce n’est pas le cas, je vous promets que vous ne les mangerez plus de la même façon.

Mais trêve d’échalotes, la rédaction du Shofar vous souhaite une année 5783 de paix et d’accomplissements qui vous agréent et vous font grandir.

Alexandre (Ezra) Piraux

shofar@beth-hillel.org