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December 1, 2022 6

Shofar 392  |  Que peut-on espérer ?

Alexandre (Ezra) Piraux
shofar@beth-hillel.org

ÉDITO

Que peut-on espérer malgré tout ?

Dans un monde en crises multiples, successives et répétées , qu’elles soient climatiques, sanitaires, énergétiques, de guerres en Europe, de multiplications des tueurs fous dans les écoles ou crèches, il y a beaucoup de raisons de désespérer. Il est toutefois vrai qu’étant noyés dans le présent, tout semble arriver à très haute intensité amplifiés par les réseaux sociaux. Prenons du recul : à l’exception de la crise climatique, ce genre d’évènements très graves sont déjà arrivés et devraient bien se terminer un jour. Des temps nouveaux et meilleurs arriveront, c’est du moins notre regard.

Que peut-on espérer en ayant une pratique spirituelle ou culturelle juive, tel est l’objet de la présente livraison.

Pour rappel la spiritualité s’attache à la question du sens, du « pourquoi » des choses, alors que les sciences ont pour objet le « comment ? ».

La quête de sens est un long chemin sans fin, un peu comme l’horizon qui recule lorsque nous progressons, les nouvelles questions ou réflexions qui surgissent nous enrichissent et nous font prendre une distance salutaire.

Notre tradition religieuse donne un sentiment d’appartenance. Parfois même de partage et de reliance à soi-même, aux autres, à la nature, à la Transcendance, au fait que le monde ne se limite ni à notre entendement ni au monde visible.

Peut-être cette pratique permet-elle parfois de devenir un chouïa plus doux, clément, empathique, moins autocentré
sur notre sort et nos intérêts matériels. Donc un peu plus de vertu et d’espoir ...

Nous pouvons aussi espérer de belles rencontres avec qui fraterniser et de la sorte essayer d’« augmenter » les autres et
nous même en nous nous élevant mutuellement.

Néanmoins, chacun doit se demander en conscience s’il commettra toujours les mêmes erreurs, ou s’il parviendra à se tromper un peu moins, à mieux s’orienter dans la vie, c’est aussi ce que nous espérons à chaque Yom Kippour.

Le « Mot du Président » rappelle de façon exhaustive les différents services offerts par Beth Hillel. Ces derniers permettent de ne pas désespérer et de conserver un bon moral en pratiquant ces activités.

Dans les sermons de Roch HaChanah et de Yom Kippour, Rabbi Neiger met notamment l’accent sur l’espérance. Ainsi le prophète Jérémie qui vécut et décrivit l'une des plus terribles tragédies d'Israël, le siège et la des truction de Jérusalem par les Babyloniens s’exclame « Il y a de l’espoir pour ton avenir » (Jérémie 31:16). Et Rabbi Neiger de rappeler que le manque de confiance et d’espérance est une faute insidieuse qui peut mener à de véritables transgressions. D’ailleurs, « En venant à la synagogue en ce jour de Kippour, que nous qualifions parfois de "terrible", nous partageons une espérance. »

Le texte de Marc Brichaux reprend la devise « Choisir de ne désespérer de rien » et rappelle que l’histoire du peuple juif montre en suffisance qu’avec les expulsions, condamnations, pogroms et la destruction des Juifs en Europe, nous n’avons pas à être nostalgiques d’un passé qui a été si lourdement marqué par ces drames humains.

Selon lui « Face aux épreuves, aux grondements, aux vacarmes du monde, nous n’avons en réalité qu’un seul remède : l’espérance ».

Pascale Leah Engelmann pose un petit pas de côté en présentant un artiste qui n’est pas
membre de la communauté, à savoir l’artiste allemand Anselm Kiefer. Cet artiste monumental ayant étudié le talmud et la kabbale présente des œuvres au premier aspect brut voire déchirant mais qui provoquent une réflexion et mène à une certaine représentation de la beauté.

Dans « Rencontre avec » c’est Sifriaténou la bibliothèque numérique juive en ligne fondée en 2020 et son animateur Patrick Sultan qui sont mis en exergue. Il s’agit d’un projet humaniste accessible à tous Juifs et non-
Juifs. Il est mis en œuvre par 70 bénévoles. N’hésitez donc pas à visiter leur site et à en
faire un usage fructueux.

Isabelle Telerman célèbre à sa façon dans sa rubrique littéraire, le centième anniversaire du décès de Marcel Proust. Parmi les multiples publications consacrées à l’auteur, elle a choisi deux ouvrages récents d’Antoine Compagnon
et de Pierre Birnbaum qui portent chacun sur les rapports que Proust entretenait avec le monde juif et donc sur cette partie de lui-même, reliée à l’héritage familial maternel. Les approches des deux essayistes sont nuancées voire contrastées.

Enfin nous allons bientôt célébrer Hanoukah, cette Fête des Lumières commémorant la victoire militaire et spirituelle des Juifs de Judée sur les armées séleucides et l’hellénisation.
Ce fut une victoire inattendue et inespérée. Puisse son souvenir nous livrer courage et force.

Alexandre (Ezra) Piraux

shofar@beth-hillel.org